Chronique d'une ballade en brousse

Publié le par Vivien LAPLANE

Samedi 23 décembre.
 
7h45. Je quittais l’enceinte de la communauté pour me diriger vers la brousse. La température était fraîche et la lumière ocre du soleil était pâle. J’avais pris dans mon sac de quoi manger, de quoi boire, de quoi se soigner et mes papiers d’identité où cas ou l’on retrouverait mon cadavre. Quelques pépiements s’élevaient au-delà des cimes d’eucalyptus. A la sortie de la Ville, des tas d’ordures jonchaient sur le bord du chemin puis une centaine de mètre, plus rien. Après quelques dizaines de minutes de marche, j’arrivais dans un village nommé Djimini. Je saluais au passage un homme boiteux apportant de la marchandise pour la ville. Les femmes nettoyaient le seuil de leur maison et quelques enfants surveillaient le repas au dessus d’un feu. A la sortie de ce village, quelques femmes me disaient bonjour. Une des leurs m’apostrophait en disant de prendre le chemin de gauche. J’ai en fait pris le chemin de droite car il allait vers le sud, une direction que je voulais prendre. Je remerciais tout de même la femme et continuait ma route en longeant un champ de coton.
 














Au fur à mesure que j’avançais, le paysage commença à s’étoffer, à devenir plus dense et à changer de couleur.













































Puis j’arrivai enfin dans la forêt. Le chemin devint sinueux et englouti par les feuilles mortes. J’ai du mal à repérer la route quand soudain, je me retrouvai nulle part, sans sentier. Alors je décidai de tracer dans la foret au suivant le soleil.



Je pataugeai parmi les hautes herbes et les branches basses. Un acacia me tendit un piège ainsi qu’un tronc invisible où je faillis me ramasser par terre. Puis je franchissais des marigots asséchés, ou la vase est dure formant des crevasses et des pics. Vive les chaussures de marche !


Enfin, je retrouvais un sentier et je le suivis crénom de crénom ! J’entendais quelqu’un abattre un arbre et rencontrait un charbonnier. Il surveillait la braise et entassa les bûches sur le coté.


Je continuais ma route en perdant encore de vue le sentier qui semblait voulait me fausser compagnie. Pendant une bonne heure, je surfais entre les branches, les troncs, les souches, les buissons épineux et les herbes hautes. Et j’atterris sur un beau sentier qui m’emmène dans une clairière. Cette clairière me révélait des surprises pas du tout plaisant. Des bouses de vaches abondaient partout et des mouches jouaient à cache à cache autour de mon visage. J’aperçus une cabane brûlée avec des restes de vêtements, de chaussures et de calebasses. Bref, un temps plus tard, sur un sentier étroit, j’étais stoppé par un cours d’eau. Je ne savais pas comment passer et de l’autre coté, deux me firent signe de monter en amont. Je respectais leurs consignes. J’aboutis en fait à la source de l’Anambe. Je contournais donc la source et les hommes m’accompagnaient jusqu’à leur village.




Des cabanes en chaumes sont disposées à la confluence de l’Anambe et d’un canal. Je remarquais un puits creusé dans la terre recueillant l’eau de la rivière. Des carpes séchaient sur des tôles et des fours grillaient des tranches de carpes. Un vieil homme m’invita à s’asseoir sur un banc. Nous discutions et je fis une séance photo.










Par la suite, l’un des gars, Souleymane, m’accompagnait pendant 2 kilomètres jusqu’à un carrefour.









Le paysage devint plus aride et plus on avançait, le canal devint sec. Arrivé au carrefour, Souleymane me laisse et continue ma route. Je ne vois pas d’ombres dignes de ce nom. Je longeais des rizières arides et croisais des rolliers d’Abyssinie et des tourterelles du cap. Enfin, un grand étang m’attirait et je fis quelques maigres photos d’oiseaux. Je croisais des enfants en vélo qui se sont arrêtés pour me saluer. Il était 12h00 déjà environ.
  
 
La végétation fut plus verdoyante mais parsemée. J’aperçus enfin un village.
 
Un père de famille m’invitais à venir et me montra une peau de boa sèche. Il voulut que je l’achetasse puisque que j’étais un toubab. Je refusais gentiment puis après discussions amicales, je fis une séance photo.









Je le remerciai et arrivai enfin au village  nommé Koulinto. Je croyais de ne pas y arriver. En fait, j’étais sur une vraie piste de latérite. 12h30. Je fus à 8 kilomètres, Kounkané, ma destination finale.








A la sortie de Koulinto, un agriculteur m’invita à venir le voir et me vendais des arachides tout récemment récoltées.













Quelques centaines de mètres après, je pris mon pique-nique à l’ombre d’un arbre dans un champ, en compagnie d’un troupeau de vaches qui s’approchait au loin.
 
« Sur la route dénuée d’ombres,    
Je marche vers le sud
Vers l’inconnu, une prélude,
Au mystère sans nombres.
Le soleil me gifle, me cogne
Et je sue comme un ivrogne
Dans une poussière de sel invisible.
Ma bouteille est vide. Risible.
Je risque à tout moment, perdu
Dans mon insouciance, d’être pendu
Aux vertiges sans fin.
Je suis aux confins de nulle part,
Haletant, hagard. 
A la recherche du repos,
J’espère rafraîchir ma peau
Brûlé à l’ombre d’un arbre !
Miracle ! Trèves de palabres
Inutiles ! Je jubile.   
Un beau manguier dans une cour
D’école, tel un immense abat-jour.
Je m’assoie sur le seul banc habile,
Intact sur ses pieds de métal.
Je reprends mes forces qui râlent
Dans mes mollets douloureux.
Me voila bien heureux
Apaisé par un vent agréable. »
 

 



Après un repos de 20 minutes, je continuai sur la piste longue et droite. Deux jeunes sur un seul vélo me rejoignaient et voulaient m’accompagner. Je leur offrais des arachides que j’avais dans mon sac.







15h15, J’arrivai à Kounkané et je laissai les jeunes rentrer chez eux. Arrivé au bord de la grande route, je prenais une litre de jus d’ananas et un demi-litre de coca. Pour le retour, sur Vélingara, je montai dans un car rapide et j’arrivais chez moi vers 17h15 !
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Publié dans Divers

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