Visite de la ville
Le soleil est suspendu dans le ciel, tel une orange prête à être mangée. L’astre illumine les murs gris et les hautes herbes grillées. Quelques chèvres errent sur le chemin raviné et quelques ordures sont parsemés tels que des sacs en plastiques bleus ou noirs, des papiers etc… Nous continuons en soulevant, à chaque pas, un peu de poussière. Une horde de pie corbeau passe au dessus de nous. Nous longeons un grand immeuble cimenté, comme s’il était en construction mais habité. Salutations au passage avec quelques habitants puis un couturier devant sa boutique. Il prend le thé avec ses amis. Une petite cafetière en métal est posée sur un cylindre avec au sommet du charbon ardent. La température est agréable avec un peu de vent arrivant sur notre droite, du nord-est plus exactement. Sur la gauche, il y a une langue de terrain vague où un homme s’occupe de son potager. Il est à contre-jour. Le ciel devient rougeoyant. Salutations très amicales. Des petits sortent de nulle part pour saluer et crier : « Toubab ». Plus loin, à notre droite, il y a la MAC (Maison d’Arrêt et de Correction).
A Gauche, la préfecture est une maison coloniale. Un vaste bâtiment aux toits tuilés descendant loin pour éviter que le soleil ne frappe les murs blancs. De grands fromagers, des acacias, des anacardiers jonchent la propriété. Nous arrivons enfin sur la rue perpendiculaire. La rue d’en face est décalée sur la gauche.A tribord direct, c’est le CREN (Centre de Réalimentation, Education Nutritionnel) gérée par les sœurs Chrysologa et Sœur Damaris. En face du CREN, de l’autre coté de la route, c’est le centre de santé, qu’on appelle hôpital. La rue est bien goudronnée mais c’est le sable ocre qui prédomine et par endroits, il y a des crevasses, des bosses (aux endroits où les flaques restent pendant trois mois lors de l’hivernage). Où pourrons nous aller maintenant ? Je vous propose d’aller vers l’entrée de la préfecture dans la même rue, pour ensuite aller dans la rue du marché. Il faut éviter les vélos sans frein et les charrettes qui nous préviennent au dernier moment. Quelques enfants talibés peuvent venir vous solliciter avec leur boite de conserve vide.
Allez, one se laisse aller dans les rues principales. Toutes les boutiques sont ouvertes, étroites de 4 mètres de largeurs et longs de 5 mètres environ. On y trouve soit des tissus divers et variés, les épiceries, les quincailleries ou l’on voit exposé des balais, des seaux, des cordes se prolongeant jusqu’au sol. Puis sous les arbres, des vendeuses assises à même le sol vendent leurs fruits et légumes sur des nattes.
Maintenant, on sort des rues bien animées et allons plus dans les rues adjacentes. Quelques enfants jouent au foot et nous saluent. Des vieux sont assis devant leur maison et joint leurs mains à notre passage. Nous le faisons réciproquement. Entre deux maisons en brique, nous remarquons des cases, aux toits de chaumes et de murs en terre sèche. Quelques rues sont à l’image des lits de rivières asséchés, ou bien nous avançons péniblement tellement la rue est ensablée.
Devant un portail de fer rouillé, une mère est assise sur une natte tranquille. Elle s’occupe de sa petite fille. Nous reconnaissons la fille. C’est Mariama. Elle a une bouille rigolote et un sourire tout plein de malice. Elle a un peu peur et sa cache derrière sa mère. Elle ne veut pas dire bonjour. La dernière fois, elle était toute contente de nous voir. Pour s’amuser, nous mimons le loup et elle crie d’effroi. Sa mère et deux autres personnes éclatent de rire. Nous repartons pour passer devant un groupe d’adolescents pour serrer la main et discuter.
Nous rentrons vers la maison à l’ouest. Le soleil est à peine visible. L’horizon flamboie comme un coulis de framboise s’écoulant sur une glace de vanille. (Miam miam). Une brume de poussière ocre envahit la rue. Bonsoir le mécanicien. Bonjour l’épicier. Bonsoir les vieux. Bonsoir les jeunes. Bonsoir Madame, vous allez bien.
Je vous emmène un plus loin que la préfecture, juste après la gendarmerie et une place fermée par un muret et un grillage rouillée. Des ouvriers désherbent. Je vous montre, sur votre droite, une rue qui a été dévastée par une tornade, il y a trois ans. Plusieurs fromagers ont été déracinés. On en voit que des troncs dévidés et des maisons en ruine, qui ne seront jamais remis en état. Quelques mètres après, il y a une route sur la gauche menant vers l’Eglise, vers la Société des Eaux et Forêts, le presbytère et la maison des sœurs. Après ce carrefour, il y a la poste avec en face le crédit mutuel, pus plus loin un campement touristique nommé « la Paillote ». Nous prenons donc la rue de l’église, sur le coté droit, il y a un petit canal bétonné. Deux cents mètre après, le dernier carrefour de la ville car à gauche, c’est la rue qui mène vers les écoles préscolaire de Saint Koranto, le primaire de Saint Joseph et enfin le collège Jean Paul II. Si on va tout droit, on s’enfonce dans la brousse avec hélas les premiers mètres des tas d’ordures dans les hautes herbes. A droite, il n’y a pas de chemin.
Le ciel devient sombre et les rares nuages ont fini de rougir. Hâtons-nous. Quelques Chauves-souris se faufilent ainsi que des engoulevents. Dans la tradition de brousse, l’engoulevent porte malheur si one le voit à la tombée de la nuit. Elle peut emporter les âmes des vieux et les nouveaux nés. Toute une nuée d’oiseaux s’échappent d’un arbre en poussant des pépiements vifs.
Fin de la visite .
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