Une journée de la semaine parmi tant dautres
Il est 7h00. Je me lève tout en douceur alors que la fraîcheur matinale pourrait me saisir au lit, et que je reste calfeutré avec mon drap bien soyeux. Bref, je vais me rafraîchir, me réveille, m’habille tranquillement puis me dirige vers la salle à manger en sortant dans le couloir extérieur. Il fait 20 degrés et il fait vraiment frais. Le soleil commence à peine à se lever. Je prépare le petit déjeuner et commence à prendre mon thé et mes deux tartines de choco-mousse (Nutella local) habituels. Le frère Pierre arrive en me criant bonjour. Il revient de la messe du matin. Papotage traditionnelle et rigolade sur la fraîcheur et me donnait des conseils.
Enfin le petit déjeuner fini, je me prépare à aller travailler. Quelques rayons peinent à percer la brume qui s’est levé. Au-delà de la cour, des herbes hautes sont blanchies par la lumière comme s’il y avait du givre. Avant d’aller à la salle des professeurs, je passe par la chapelle pour prendre un temps de prière.
Il est 7h50. J’allume l’ordinateur et commence à imprimer le règlement intérieur déjà tapé. J’avais salué auparavant Jean-baptiste, un des jardiniers du collège. C’est un Bassari, venant de Kédougou, du fin fond du Sénégal Oriental.
Frère Pierre est allé ouvrir le portail du collège. J’entends les élèves entrer. Les professeurs arrivent aussi. C’est Bernard, le professeur de sport et français qui arrive en premier. Salutations. Puis Miss Sidonie entre à son tour dans la salle des profs ainsi que Charles, le professeur d’histoire géographie, puis Félix, le professeur d’anglais.
J’entends trois coups de bruits métalliques. C’est l’heure d’aller en cours. Après avoir imprimé ce que je devais faire, je vais déposer les fruits de mon travail dans le bureau de Régis. Je passe devant la case d’attente où s’impatientent deux élèves en attente d’avoir un billet de retard. Puis je passe devant le secrétariat en saluant Rosine qui était en train de balayer le seuil de sa porte, et j’atterris dans le bureau de Frère Régis pour lui déposer les feuilles.
Je traverse la cour parsemés d’anacardiers de d’eucalyptus pour arriver devant un grand figuier sauvage. Je longe la classe de cinquième et arrive devant la porte métallique verte. Quand j’ouvre ma clé, cela fait un bruit grinçant qu’on entend à des kilomètres à la ronde. Moi qui ne voulais pas faire de bruit et ne pas déranger les classes voisines, c’est réussi.
Comme vous savez, la bibliothèque est dans une salle de classe. Les trois quarts de la salle est composés de pupitres puis l’autre quart, c’est la bibliothèque. J’ouvre les volets métalliques et qui font le même bruit désagréable. Tous les élèves savent donc que je suis là. Moi qui voulais passer incognito.
Je me munie d’un gros pinceau pour aller épousseter les livres. En effet, une couche de poussière s’infiltre dans les rayons tous les jours et parfois des araignées tendent leurs toiles. Alors, régulièrement, j’extermine les bestioles qui vivent par centaine sur les murs et aux plafonds. Il faudrait que je me munisse d’une bombe d’aragnicide.
….
Il est 9h50. Un élève sonne la récréation. Un brouhaha s’élève du collège. Je sors de la bibliothèque et m’assoies sur le banc. Les filles en blouse bleu sortent les premières et s’en vont acheter leur goûter du matin habituel près de la direction. Et elles se retrouvent alignés sur les bancs. Les garçons s’en vont au milieu des arbres ou dans la case. Ils se mélangent rarement. Quelques élèves de sixième me saluent. Je fais de même.
10h05. Fin de la récréation. Les filles se dépêchent à se mettre en rang, se refont un peu les nattes, et se tiennent en garde à vous. Les garçons arrivent tout doucement le temps que le professeur arrive. Ce dernier se place à l’entrée de la classe et dans le silence, fait entrer les élèves par colonne. En quelques minutes, la cour était vide à part les deux chiens et quelques chèvres qui broutent par-ci, par là.
Je reviens dans la bibliothèque pour préparer les fiches de lecture. Je commence à lire les livres que les élèves ont choisis. Je note les questions etc.
….
11h55. Fin de la matinée. Les sixièmes quittent le collège sauf un petit groupe qui a initiation à la lecture avec moi. Ils se mettent en rang devant la bibliothèque. Ils sont une vingtaine.
Je les invite à entrer et à s’asseoir face au livre que j’avais minutieusement placé sur leur table. Je fais l’appel et commence à reconnaître quelques visages. Ensuite, dans un silence un trop plombé à mon goût, je leur explique tout doucement ce que nous allons faire. Et je recommence dans d’autres termes pour dire la même chose. Quelques uns ont enfin compris et je leur demande de répéter à leurs camarades. Puis je les mets au travail. Ils font une lecture silence puis leur donne des feuilles pour qu’ils puissent écrire leur fiche de lecture.
13h00. L’heure bouclé, je les laisse partir. Je range tranquillement les livres puis ferme la bibliothèque.
13h15. La table est mise par Mame. Un des garçons de l’interne arrive avec la fille de la cuisinière de l’internat dans ses bars. Ils nous saluent avec un grand sourire et vont voir Mame à l’arrière de la maison. Frère Pierre et moi commençons à manger et le frère Régis arrive quelques minutes après.
14h00. Le repas fini. Nous allons faire la sieste.
15h00. Fin de la sieste. Frère Pierre va ouvrir le collège pour que les élèves puissent entrer. Pour ma part, je repars ouvrir la bibliothèque pour permettre à ceux qui n’ont pas cours de venir lire. Le vent est faible et le soleil frappe dur sur les murs et les toits en tôles. Un petit calao à bec rouge passe en vol plané, avec ses ailes noires et blanches.
15h30. Début des cours. Frère Pierre, avec sa casquette blanche et son bâton de pèlerin arpente la cour en quête d’élèves retardataires.
Vers 16h00, arrivent quelques cinquièmes en disant bonjour et faisant un grand sourire : « On peut venir lire ». Pour les nouveaux, je rappelle les règles tel que lire en silence et tout seul sur une table, après avoir déposé son cartable à l’entrée. Ils vont donc choisir un livre et s’asseoir avec majesté sur un banc. Leurs yeux sont plongés dans les pages. Cela dure jusqu’à 17h30. Puis des sixièmes, qui viennent de finir leurs cours, viennent lire. Benjamin, l’un de plus jeunes m’appelle souvent pour lui expliquer un mot. Pendant ce temps, le soleil perds son énergie et envoie ses derniers rayons de sang sur les nuages presque invisibles. L’atmosphère devient irréelle et des cris d’oiseaux percent le silence. J’allume la salle. Puis les derniers lecteurs s’en vont à 18h30. Il fait presque nuit. Les crapauds sont de sortie et pullulent. Les petits grillons envahissent les murs et les portes moustiquaires, et les moustiques s’en vont se kamikazer sur les néons récemment allumés.
19h00. C’est le temps de la prière avec un quart d’heure d’oraison et un quart d’office.
19h30. A peine arrivé dans la salle à manger, avec la table déjà mise, je mets les infos. Frère Pierre va faire réchauffer la soupe. Tout en mangeant, nous regardons les nouvelles de France jusqu’à 19h55. Puis nous débattons sur l’actualité. Puis à 20h30, frère Pierre va voir les internes puis va dans sa chambre. Pour ma part, c’est selon les soirs, soit je regarde un film qui peut être intéressant à 21h15 sur TV5 monde ou sur cassette, ou bien je vais écrire et lire.
…. L’heure du coucher n’est pas fixe !!!! Je ne suis pas si maniaque mais ce n’est jamais après 23h30.